Tom pénétra dans l'enceinte de l'établissement... Les regrets envahissaient déjà son esprit et il n'osait ne serait-ce qu'imaginer les répercutions de son acte. Il avait souhaité que cette année soit différente. Il avait souhaité se faire oublier, se faire discret, mais ne parvenait qu'à attiser la curiosité des gens... Et si Bill portait plainte ? S'en serait fini de lui.
Il devait s'excuser, se faire pardonner ou tout du moins arranger un peu les choses et désamorcer la bombe qu'il avait lui-même placé au-dessus de sa tête. C'est seulement une fois arrivé devant la salle de cours qu'il fit demi-tour pour se diriger vers le seul endroit ou le brun pouvait se trouver... Les toilettes.
Lorsqu'il rentra dans la pièce il vit Bill examiner dans le miroir la blessure sur son visage. Il ne savait comment s'y prendre pour engager la conversation et encore moins que faire si le garçon ne souhaitait pas lui parler ni même l'écouter. L'androgyne ne s'était pas retourné et le dévisageait au travers de la glace.
Bill attendait ce qui allait venir, lui-même ne sachant guère comment réagir. Il est vrai qu'il se méfiait un peu de lui maintenant, le dreadé était vraisemblablement impulsif et son secret devait être important pour le protéger de la sorte...
Cela ne l'empêchait cependant pas de vouloir toujours en savoir plus sur lui...
Cela ne l'empêchait cependant pas de vouloir toujours se rapprocher de lui...
Tom sortit un mouchoir du paquet qu'il avait dans sa poche et l'imbiba d'eau, en se rapprochant du brun il lui prit délicatement le menton entre ses doigts pour qu'il se positionne en face de lui. Il ne faisait aucun geste brusque pour ne pas l'inquiéter et tout doucement il se mit à tamponner la plaie pour essuyer le sang.
L'androgyne regardait les yeux de Tom, cherchant ce que son regard pouvait communiquer, mais celui-ci ne fixait que sa lèvre meurtrie. Il se mit à parler faiblement.
Tom : Je suis désolé pour ça... Mais ne te mêle plus de mes affaires, ça vaudra mieux.
Bill : Et pourquoi ?
Le dreadé avait froncé les sourcils, il s'attendait à tout, qu'il le frappe, qu'il l'insulte, qu'il l'ignore, qu'il parte en courant... A tout, sauf à ça. Cependant, son regard ne bougea pas de la tâche que ses mains accomplissaient.
Tom : Je comprends pas pourquoi tu t'obstines !? Je vois bien que tu veux pas de moi dans ta bande et je ne compte d'ailleurs pas en faire partie, alors ne t'inquiète pas... Mais pourquoi tu me colles ?
Bill : C'est pas que je veux pas que tu sois dans la bande...
Bill rapprocha son corps, le colla presque à celui du blond, le colla complètement à celui du blond, son souffle chaud sur la peau du dreadé fit frissonner ce dernier qui voulut reculer, mais le brun attrapa le col de son tee-shirt pour le retenir... Leurs regards étaient ancrés profondément l'un dans l'autre... Celui de Tom exprimait de l'incompréhension tandis que celui de Bill brillait. L'androgyne aurait voulu faire durer ce moment, ce contact, cette chaleur qui montait le long de son dos, mais les yeux de Tom commençaient à changer... L'incompréhension laissait la place à quelque chose de plus sombre... Peut-être de la crainte... Bill se décida et sa langue vint caresser les lèvres du blond pour finir sur son piercing. Un frôlement chaud et sensuel. Un frôlement doux, tendre et excitant.
Bill : ... C'est dans mon lit que je veux que tu sois.
Bill le relâcha, remit son tee-shirt en place et sourit tendrement.
Bill : Je te choque ?
Tom : T'es... Plutôt direct.
Bill : J'avoue j'ai eu un peu peur que tu me frappes parce que... Putain... Tu tapes vachement fort.
Tom : Je... Désolé... Mais franchement... C'est bon ni pour toi, ni pour moi que tu t'incrustes dans ma vie comme ça... Alors arrête. Ok ?
Le regard de Tom était rempli de tristesse... Tristesse d'être obligé de repousser... Tristesse de faire de la peine... Tristesse de ne pas pouvoir aimer... De ne pas en avoir le droit... De ne pas s'en accorder le droit.
Bill : Hum... Non. Parce que si je m'incruste pas, j'ai aucune chance de t'avoir et comme tu ne m'as pas repoussé... Je vais tenter le coup.
La cloche retentit et Bill sursauta. Il jura un « merde » en attrapant la main de Tom et le tira, courant au travers des couloirs. Ils arrivèrent devant la salle de classe essoufflés... Et la porte fermée. Le brun s'apprêtait à frapper, mais Tom le stoppa dans son élan.
Tom : Attends... C'est pas cool qu'on arrive en même temps... Et dans cet état.
Bill le défia du regard en souriant en coin et toqua à la porte. Tom, d'un mouvement rapide, fit lâcher l'emprise que le brun avait sur sa main lorsqu'il entendit le prof prononcer un « entrez ». Bill lui sourit sincèrement en apercevant la teinte très légèrement colorée qu'avaient prises les joues du dreadé. Puis ils entrèrent tous les deux.
Tom n'était franchement pas à l'aise, tête baissée et mains dans les poches, il attendait que ça se passe... Comme à son habitude. Bill prit la parole pour répondre à la demande de leur professeur qui voulait savoir le pourquoi de leur retard.
Bill : Désolé, mais on était tellement prit à ce qu'on faisait qu'on a pas vu le temps passer.
Prof : Et puis-je savoir ce qui était tellement passionnant ?
Bill : Non, je crois vraiment que vous n'avez aucune envie de le savoir.
Le jeune professeur souffla et leur dit de regagner leurs chaises, mais déjà les murmures s'intensifiaient. Les rumeurs allaient se répandre comme de la poudre.
Tom pensa certainement trop fort à cette seconde ces quelques mots « Han le salaud » car en rejoignant sa place Bill lui murmura « ça c'était pour le coup de poing, maintenant on est quitte »; les yeux pleins de malice et un sourire jusqu'aux oreilles.
Bill s'assit à côté d'Andréas et Tom juste derrière eux.
Andréas : C'est vrai ce que t'as raconté ?
Bill : Non... Pas encore.
Andréas : Ta lèvre ?
Bill : C'est rien t'inquiète.
Andréas : Si tu le dis.
L'après-midi s'écoula malheureusement aussi lentement que la matinée. Tom regardait sa montre à peu près toutes les cinq minutes et les deux amis ne cessaient de parler et de se faire réprimander, mais ils en avaient l'habitude et les profs aussi. Cela ne les empêchait pas d'avoir des notes convenables et tant qu'ils ne gênaient pas les autres et bien on les laissait relativement tranquille.
A la fin de cette première journée de cours, Gus avait déjà reçu une déclaration d'amour d'une fille d'une année plus jeune, Georg avait ramassé deux heures de colle pour avoir piqué un fou rire incontrôlable en classe, Bill un coup-de-poing dont personne ne connaissait l'origine et Andréas s'en tirait pour une fois indemne. Journée somme toute banale et ennuyeuse hormis l'arrivée de Tom qui intriguait tout le monde.
Tous les amis se grillèrent une cigarette dès le premier pied posé hors de l'établissement, poussant un soupir de soulagement digne de grands sportifs après une épreuve particulièrement éprouvante. Tom s'éloignait déjà lorsqu'Andréas lui demanda où il habitait... Ce à quoi il répondit sans plus d'intérêt, continuant à marcher.
Andréas : Bah attends deux minutes, Bill habite dans le même coin vous allez pouvoir rentrer ensemble.
Bill écrasa précipitamment sa cigarette consumée qu'à sa moitié, tapa sur l'épaule d'Andy, un sourire recouvrant tout son visage.
Bill : T'es un pote toi.
Andréas : Je sais.
Il courut les quelques mètres qui le séparaient du blond et arriva à sa hauteur.
Bill : On aurait voulu trouver une excuse pour se retrouver seul tous les jours qu'on n'aurait pas fait mieux.
Tom : T'es con.
Bill : Je sais.
Oui, c'était bien un sourire que Bill vit se dessiner sur les lèvres du blond à ce moment là, et cela lui gonfla le c½ur de bonheur... Allez savoir pourquoi...
